Gnome Shell est parfait pour les débutants… et les perfectionnistes

Voici pourquoi

Le plus gros reproche fait à Gnome Shell, de la part de tous les utilisateurs avancés de Linux, est son manque de souplesse. Au contraire de KDE, par exemple, qui permet une configuration avancée de l’interface graphique et des différents comportements, Gnome reste simple, épuré et limité. Très limité.

En effet, son comportement par défaut est encadré très précisément. Pour changer l'interface, il faut généralement passer par des extensions. Pour les aficionados du libre et de l’open source, être limité dans ses choix by design est frustrant. D’où leurs critiques – justifiées. Cependant, c’est justement parce que Gnome est limité qu’il est une formidable interface utilisateur, notamment pour les débutants… et les perfectionnistes.

Voyons pourquoi.

Le piège de la permissivité

Pour comprendre les avantages de Gnome, il faut comprendre d’abord les possibilités des autres interfaces plus permissives comme KDE ou Cinnamon.

Modifier ces interfaces passe par des configurations, mais également des changements ad hoc, par le truchement de la souris. Vous pouvez changer la disposition d’un tableau de bord en éditant ses paramètres et en modifiant les valeurs ou en utilisant la souris pour déplacer des objets.

Et c’est là que le bât blesse ! Le moindre déplacement non maîtrisé devient au cauchemar. Entre les objets eux-mêmes, les séparateurs, les espacements… le chaos s’installe rapidement. Même un utilisateur avancé de Linux peut se perdre. Pour peu qu’il soit perfectionniste, recherchant l’alignement parfait, alors ce qui était censé être simple au départ devient un enfer. Même en suivant le tutoriel à la lettre, il n’obtient pas le même rendu. Et s’il n’a pas noté scrupuleusement les dispositions d’origine et comment y revenir, il se retrouve perdu, sans savoir comment suivre le chemin inverse. Le CTRL + Z n’existe pas. Et ça, pour un utilisateur avancé de l’informatique, c’est frustrant. Soit il passe une heure à comprendre comment revenir à l’état d’origine, soit il passe 25 minutes à tout réinstaller pour retrouver une interface qui lui convenait mieux.

À l'usage, une interface trop permissive montre très vite ses limites justement parce qu'elle est permissive. Sa principale qualité devient son plus gros défaut. C'est d'ailleurs pourquoi fréquenter des novices est un excellent moyen de comprendre quels sont les réels défauts d'un système d'exploitation, quel qu'il soit, au travers des problèmes qu'ils rencontreront au contact du produit.

Tout comme le très grand nombre de distributions Linux disponibles alimente ad vitam æternam les sujets de discussion afin de savoir quelle est la meilleure, en plus de perpétuellement faire douter les utilisateurs eux-mêmes sur la pertinence de leur choix individuel, la permissivité d'une interface graphique peut rapidement être un défaut car il induit plus aisément des erreurs, des errements ou des hésitations qui peuvent être contre-productives. Le paradoxe de l'abondance n'est jamais bien loin.

L'étendue de toutes les possibilités s'insinue dans l'esprit, en tâche de fond, occupant alors de plus en plus d'espace au fur et à mesure que la conscience de futurs hypothétiques prend le pas sur l'actualité du présent.

La simplicité salvatrice de la limitation

C'est pourquoi Gnome possède un paradigme opposé salvateur en ressources cognitives : les configurations sont prédéfinies et uniquement activables par des valeurs contrôlées ou des cases à cocher.

Point de curseur à déplacer, donc point de risque de tout mettre en vrac. À l'instar des paquets universels – Snap ou Flatpak –, tout est confiné et contenu afin de limiter les effets de bord. C’est pourquoi tout passe par des extensions qui permettent de contrôler parfaitement le comportement sans risquer – ou avec le minimum de risque – de perdre le contrôle parce que la souris a dérapé. Tout est encadré, millimétré. Dans le pire des cas, il suffit de désactiver l’extension ou de la désinstaller pour revenir à l’état antérieur. Facile, simple, rapide, sûr.

Cette voie est parfaite pour les débutants. Imaginez une personne qui ne connaît pas bien l’informatique ou Linux et qui, en plus de son apprentissage du système, doit se battre contre elle-même parce qu’elle a déplacé un truc sans faire exprès et qu’elle ne sait ni comment elle a fait, ni comment revenir en arrière.

Comme nous sommes des êtres visuels, une disposition différente peut perturber nos habitudes et rendre l’environnent graphique difficile à appréhender sereinement. Tout comme un novice, un perfectionniste qui ne supporte pas le moindre désalignement peut être obnubilé par le plus petit décalage.

À quoi sert la personnalisation infinie lorsqu’elle entraîne trop aisément le chaos ? Nous tendons le bâton pour nous faire battre !

Conclusion

La tendance à la personnalisation est devenue non seulement un argument de vente pour se démarquer des solutions propriétaires généralement ancrées dans une identité visuelle – elle-même reposant sur des limitations –, mais un leitmotiv, un style de vie, une philosophie, tous synonymes d'une nouvelle liberté acquise et désirable.

Cependant, dans la plupart des cas, ces configurations sont cosmétiques et inutiles. La permissivité démontre très souvent un manque de vision et/ou de compréhension des besoins, des comportements et des usages. Elle entraîne des interfaces riches devant gérer tous les cas possibles, donc des contrôles en plus, du code en plus et, par conséquent, des bogues potentiels en plus. Elle entraîne de surcroît des choix multiples qui surchargent inutilement l'esprit des utilisateurs au risque de les ralentir dans leur compréhension de leur environnememnt et, au final, de s'y sentir à l'aise, en sécurité. La stabilité d'un système est majoriatirement une impression qui repose plus sur le sentiment du sécurité éprouvé que sur la pure stabilité technique.

A contrario, la limitation by design – c'est-à-dire : prévue, pensée et calculée, déterminée en premier lieu par une vision claire des tenants et des aboutissants – est un choix simple issu d'une réflexion approfondie et, pour ainsi dire, plus mature : l'important n'est pas ce qu'on veut, mais ce dont on a besoin.

En adoptant un paradigme reposant sur un contrôle strict et l'ajout volontaire d'extensions, Gnome permet à l'utilisateur d'apprendre à maîtriser l'interface à son rythme tout en lui évitant le plus possible d'erreurs. Quand il se sent prêt, assez mature, ce dernier peut alors ajouter des extensions pour modifier précisément le comportement en fonction de ce qu'il veut, parce qu'il aura déjà fait l'effort préalable de comprendre ce qu'il veut. Le tout reste alors non seulement cohérent mais, surtout, stable, car précisément encadré afin d'éviter au mieux les débordements.

Si vous êtes débutant et/ou perfectionniste et que vous désirez un système d'exploitation libre conservant ses performances à long terme et évitant le plus possible les actions non pensées pour en éviter les conséquences fâcheuses, optez pour une distribution avec une interface Gnome, de préférence dans sa forme la plus pure et la plus épurée.