Taper plus vite avec la sténographie

Ce qu'il faut savoir avant de se lancer

Le clavier est mon interface principale de travail. C'est lui qui me permet de communiquer avec la machine et, ne l'oublions pas, avec mes pairs.

Si l'on résume généralement le monde numérique par une vie au travers d'écrans, elle ne serait rien sans les claviers. Ils restent le principal moyen d'interagir richement. Sans clavier, un écran n'est qu'une télévision.

Cette particularité fait du clavier un outil central et, par conséquent, le sujet de questionnements relatifs à ses performances.

N'échappant pas à cette fatalité, je me suis posé la question. Parmi les réponses obtenues, la sténographie a émergé comme une solution intéressante.

Mais l'est-elle réellement ?

Qu'est-ce que la sténographie ?

La sténographie est une méthode de prise de notes pour écrire aussi vite que la parole humaine afin de la restranscrire le plus fidèlement possible – comme, par exemple, lors d'un procès.

Elle peut aussi être utilisée pour simplement écrire soi-même plus vite.

Remarque : si cette méthode d'écriture peut paraître atypique, c'est simplement parce que les langues européennes sont majoritairement des langues latines, composant des mots à partir d'un petit nombre de lettres. Il est donc aisé de composer tous les mots d'une même langue avec un clavier de quelques touches. En revanche, le principe est plus répandu dans les pays asiatiques utilisants des idéogrammes. Comme il existe des milliers d'idéogrammes, il serait impossible de créer des claviers capables de tous les représenter. L'astuce consiste donc à utiliser des combinaisons de touches. Grâce à l'informatique, l'écriture d'idéogrammes est plus aisée et correspond, en un certain sens, à de la sténographie.

Au départ conçue pour l'écriture scripturale, elle s'est adaptée aux claviers modernes. Ces derniers, appelés «sténotypes», possèdent un nombre très réduit de touches, de l'ordre d'une vingtaine.

Disposition sténotype

Rappelons qu'un clavier classique en possède une centaine.

Ces sténotypes sont donc plus compacts. Mais comment est-il possible de disposer d'un si petit nombre de touches et de s'adapter à toutes les situations ?

Le matériel

Il y a trois façons de sténographier : à l'aide d'une machine dédiée, un clavier normal ou un clavier DIY – Do It Yourself : faites-le vous-même, ou «fait main» en français.

Machine dédiée

Cette machine est généralement chère, plusieurs centaines d'euros ou de votre unité monétaire de référence.

Sténotype

À l'aide d'un clavier «normal»

Comme le sténographe commercial reste cher, certains astucieux ont créé le leur à partir d'un simple clavier d'ordinateur.

Pas exactement n'importe quel clavier. Il faut qu'il puisse supporter le Rollover, c'est-à-dire la capacité à gérer l'usage de plusieurs touches simultanément. Ces claviers sont généralement utilisés par les gamers. Bien que meilleur marché que les sténotypes commerciaux, ils restent plus chers que les claviers simples.

Sténotype à partir d'un clavier rollover

À l'aide d'un clavier fait main

S'il est possible de réaliser un sténotype à partir d'un clavier à composition, il est alors possible de diminuer encore ses dimensions en les réduisant à leur portion congrue.

Il existe des versions «fait main» à partir de modèles Open Hardware (Open Steno).

Sténographe Open Steno

Ces claviers sont fabriqués à la main à partir de plans téléchargeables, de composants achetés ou imprimés, soudés et configurés à l'aide de logiciels spécifiques.

Il est aussi possible d'utiliser des claviers commerciaux compacts – type Plank –  et de changer les touches.

S'il existe des kits, la plupart du temps, il vous faudra utiliser votre temps, un fer à souder et des connaissances en informatique pour configurer le tout.

Le logiciel

Excepté pour la version commerciale complète qui contient le matériel et le logiciel, la version construite soi-même nécessite non seulement un matériel mais aussi le logiciel qui va avec.

Ce logiciel est généralement Plover.

Comment ça marche ?

C'est là que les difficultés commencent.

Tout comme les idéogrammes sont formés à partir d'une combinaison de touches, les mots ou groupes de mots sont formés à partir de combinaisons de touches – d'où le Rollover.

En appuyant simultanément sur plusieurs touches à la fois, le logiciel vient alors interpréter la combinaison et restituer un résultat. Le logiciel est essentiel car c'est lui qui effectue la traduction. Sans lui, point de sténographe.

Le logiciel est configuré au départ par les combinaisons standard, celles que tout le monde apprend à l'école.

Mais la force du logiciel est de permettre également de définir ses propres combinaisons de touches afin de les adapter à son usage et remplacer ainsi aisément les groupes de lettres, mots et expressions personnelles par de simples combinaisons de touches.

Cette force fait aussi sa faiblesse : chacun devra définir ses propres combinaisons, son propre dictionnaire, pour son contexte particulier. Un greffier n'aura pas le même dictionnaire qu'un informaticien.

La construction de ce dictionnaire et sa maîtrise prennent du temps, beaucoup de temps. Il faudra des mois, voire des années, pour arriver à être efficace.

Conclusion

La sténographie demande non seulement un matériel spécial mais, surtout, du temps, beaucoup de temps et surtout, de la pratique constante pour ne pas oublier le dictionnaire.

Une fois engagé dans cette voie, il faudra vous astreindre à une discipline, surtout si la sténographie n'est pas un prérequis professionnel.

Avant de vous lancer dans cette voie, posez-vous donc la question si vous ne devriez pas d'abord choisir un clavier standard plus à votre convenance et si vous avez tout fait pour l'utiliser de façon optimale car, bien utilisé, un clavier à composition reste très efficace et demeure, surtout, très versatile. Pas besoin de dictionnaire ou de logiciel supplémentaire, pas besoin non plus de mémoriser une longue liste de raccourcis clavier.

Er ce qui me concerne, si cette méthode démontre une fois de plus l'ingéniosité humaine, elle n'est pas faite pour moi. J'ai déjà du mal à m'intéresser à mémoriser des raccourcis clavier que j'utilise au quotidien, alors construire et mémoriser mon dictionnaire de raccourcis… je comprends immédiatement que ce n'est pas fait pour moi au regard de l'investissement nécessaire.

En étudiant le sujet, jusqu'à être tenté par l'expérience, j'ai aussi compris qu'avant de me lancer dans cette aventure, j'avais encore d'énormes progrès à faire avec mon clavier actuel qui reste, il faut bien l'avouer, très mal employé.

La question de la sténographie ne se pose décemment que lorsque le clavier à composition a atteint ses limites, ce qui est rarement le cas. Nous considérons trop souvent, à tort, que notre vie serait plus facile et plus optimale avec le bon outil, au lieu de nous demander si nous n'avons nous-mêmes pas encore quelques progrès à faire.